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Pour une fleur étoilée |
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Bien sûr, la vieille des rochers avait maudit le père Giraud et les siens, au printemps et nul n’ignorait que c’était à cause de la jolie Isane, sa petite-fille. Nul ne s’en était mêlé et surtout pas les vieux du village. Isane ressemblait trop à sa grand-mère, qui avait, en son temps, causé trop de querelles parmi les gars du village sans bien même s’en rendre compte.
En fait, non seulement, elle évitait le village, mais elle s’écartait sans doute de la bergerie quand quelqu’un y montait chercher sa grand-mère car même quand les chèvres y étaient, elle ne s’y trouvait pas, et pourtant, dans la cabane, on voyait deux bols près du pot. Elle était donc là. Au cours de l’automne, les bergers qui passaient là-haut avaient dit avoir vu une tombe près de la maison des rochers. Quelques curieux avaient essayé d’y aller voir, mais aucun n’avait vu ni la vieille, ni Isane, alors on avait beaucoup causé, d’abord, et puis plus du tout. Le temps de tuer le cochon était venu et on avait peut-être un peu vite oublié les glapissements de la vieille Louison… Un peu vite, oui, car après tout, on avait jamais oublié ce qui était arrivé quand elle avait quinze ans et que, comme maintenant Isane, elle avait plus d’amoureux qu’elle ne l’aurait voulu.
Puis les années avaient passées et, sa beauté s’envolant, les ragots avaient été d’un autre ordre. Ne vivait-elle pas trop isolée ? Le père de son fils, cet étranger, n’était-il pas trop roux, trop habile et trop rusé ? N’était-elle pas trop habile à soigner toutes sortes de blessures et de maladies ?
Et puis, on en voulait trop, encore, à la Louison, de ce qu’elle avait été autrefois et on en voulait trop à Isane de lui ressembler autant. Alors, ce soir-là, dans le grand silence qui s’était fait après que le cochon aie crié, chacun regardait l’homme roux qui avançait en faisant sonnet des clochettes liées aux deux bouts d’une baguette qu’il tenait dans sa main gauche. Normalement, la fête aurait dû commencer vraiment, puisque le cochon était abattu et prêt à être pendu par les pieds au-dessus du baquet, mais… Il y avait cet homme. Cet homme que tout le monde connaissait, puisque c’était le père d’Isane, mais qui ressemblait tellement à un autre, que seuls les vieux avaient connus : le manouvrier de la Louison. Et puis, cet homme avait quelque chose d’effrayant, à secouer ainsi ses grelots sans rien dire, ni desserrer les lèvres. Benoît, l’aîné des fils Giraud, sentant qu’il fallait faire quelque chose, avança d’un pas. L’homme le regarda si durement qu’il recula aussitôt. On entendait des bêlements depuis un moment et son frère, Xavier, regardait quelque chose dans le noir. Benoit suivit son regard mais sans rien voir, d’abord, ce qui ne le surprit pas, car son frère avait réputation de voir la nuit aussi bien qu’un hibou, puis, au bout d’un moment, Isane entra dans la grange et chacun put voir le ventre arrondi sous la robe et le châle dont elle s’entourait. Le colporteur s’approcha de Benoît en faisant sonner les deux grelots de plus en plus vite. Il tomba. Sans doute allait-il faire de même avec Xavier, car il s’était tourné vers lui, mais le père Giraud avait pris les devant et s’était placé devant lui.
-Les riches fermiers de ce village n’ont que faire des gens comme moi et ma fille. -Laisse au moins mon fils se défendre. » L’homme réfléchissait quand une voix claire comme celle des clochettes se fit entendre. -« Je veux une fleur du haut des cimes. Laisse-le essayer d’aller la chercher. » Giraud regarda Xavier, déjà un peu soulagé. On disait au village que ce grand garçon souple et prudent était dans les rochers plus habile qu’une chèvre. Si quelqu’un avait des chances de réussir telle épreuve, c’était bien lui. Rangeant les clochettes dans sa ceinture, le colporteur entraînait sa fille. -« Avant que l’enfant soit né, ma fille doit avoir eu ce qu’elle demande ! » Et puis, s’il ne réussissait pas, qui donc tiendrait la ferme, après lui ? La meilleure du village ? Il devait réussir ! Le colporteur ayant posé ses clochettes, Giraud osa, un bref instant, les soulever et fut frappé par leur poids. Ses yeux se portèrent alors sur les bons souliers de beau cuir du colporteur et de sa fille, puis sur sa boucle de ceinture brillante et son gros couteau de chasse à poignée travaillée, et sur le collier caché dans le châle d’Isane… Tout ça avait bonne allure et on pouvait parier que la dot de la belle Isane était bien plus belle que celle, autrefois, de la Louison. |
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Dernière mise à jour de cette page = Janvier 2011 |
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